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Kasaï-Oriental : 48 % des filles mariées avant 18 ans, et l’article qui ferme le recours

Beto.cd · Rédaction Kinshasa · 6 septembre 2026 · Source originale

Un mariage d’enfant conclu en République démocratique du Congo devient inattaquable le jour où les deux époux ont atteint dix-huit ans. C’est écrit dans le Code de la famille, à l’article 406, alinéa 2 : « Le mariage ne peut plus être attaqué lorsque les deux époux ont atteint l’âge requis. » Le premier alinéa du même article est pourtant sans ambiguïté : « Lorsque l’un des époux ou les époux n’avaient pas l’âge requis, la nullité du mariage doit être prononcée. » L’obligation existe, mais elle s’éteint d’elle-même avec le temps. Quarante-huit pour cent, selon un ministre provincial Le rappel de ce mécanisme vient d’un chiffre avancé le 5 septembre 2026 au Kasaï-Oriental. Près de 48 % des filles de la province seraient mariées avant l’âge de 18 ans, selon le ministre provincial de la Santé, Daniel Kazadi, qui l’a énoncé lors du lancement du projet Bomoyi ya Maman na Muana. « Une fille sur deux risque de voir son enfance interrompue trop tôt, sa scolarité compromise et son avenir affecté », a déclaré le ministre provincial. Ce chiffre est une déclaration d’autorité publique. Il n’est rattaché à aucune enquête nommée, aucune méthodologie, aucune période de collecte, aucune institution productrice. Ce que l’enquête nationale établit sur cette province La référence statistique la plus récente est l’Enquête démographique et de santé III, conduite par l’Institut national de la statistique du 9 octobre 2023 au 1er février 2024 auprès de 26 347 ménages et 27 583 femmes de 15 à 49 ans, sur 780 grappes dans les 26 provinces. Cette enquête ne publie pas, par province, la proportion de femmes mariées avant 18 ans. Elle publie l’âge médian à la première union. Et sur cet indicateur, le Kasaï-Oriental occupe le dernier rang du pays. Le rapport l’écrit ainsi : « L’âge médian à la première union des femmes varie entre les provinces, de 17,5 ans dans le Kasaï Oriental à 20,6 ans dans Kongo central. » Trois années d’écart séparent les deux extrémités du pays. La médiane nationale se situe à 19,8 ans pour les femmes de 25 à 49 ans. Le même travail donne, pour l’ensemble du pays, 29,9 % des femmes de 20 à 24 ans en union avant 18 ans et 7,8 % avant 15 ans . Le taux avancé au Kasaï-Oriental est donc supérieur de dix-huit points à la moyenne nationale la plus récente. L’enquête ne permet ni de le confirmer ni de l’infirmer directement, faute de ventilation provinciale sur cet indicateur. Une année gagnée en seize ans La série longue de l’âge médian à la première union, pour les femmes de 25 à 49 ans, montre un déplacement lent : 18,6 ans en 2007, 18,7 ans en 2013-2014, 19,8 ans en 2023-2024. Les écarts internes sont plus larges que le mouvement d’ensemble. Chez les femmes de 25 à 49 ans, l’âge médian est de 19,0 ans en milieu rural contre 22,0 ans en milieu urbain, de 18,8 ans dans le quintile de richesse le plus bas contre 24,1 ans dans le plus élevé, de 18,3 ans chez celles ayant un niveau primaire contre 20,3 ans au niveau secondaire. Chez les hommes de 25 à 49 ans, l’âge médian à la première union est de 24,7 ans, et 7,6 % sont entrés en union avant 18 ans, contre 35,3 % des femmes de la même tranche. Ce que la loi interdit Le cadre juridique est net sur l’interdiction. La loi n° 16/008 du 15 juillet 2016 modifiant le Code de la famille pose à l’article 352 : « L’homme et la femme avant dix-huit ans révolus ne peuvent contracter mariage. » L’article 357 ajoute : « L’enfant, même émancipé, ne peut contracter mariage. » La sanction vise l’officier de l’état civil. L’article 395 prévoit « une servitude pénale de deux à douze mois et une amende de 150.000 à 700.000 francs congolais ou de l’une de ces peines seulement » contre celui qui aura célébré ou enregistré un mariage en connaissance d’un empêchement de nature à entraîner la nullité. L’article 404 vise la contrainte : sont punies « les personnes qui, par la violence, ont contraint une personne à consentir à un mariage ainsi que les témoins d’un tel mariage ». La sanction suppose un acte L’architecture répressive du Code de la famille repose sur l’officier de l’état civil et sur l’acte qu’il dresse. Elle atteint donc les unions enregistrées. L’indicateur mesuré par l’enquête nationale, lui, porte sur l’entrée en première union, qu’elle soit enregistrée ou non. Les deux ne recouvrent pas le même ensemble. Une union coutumière contractée à quinze ans et jamais portée devant un officier de l’état civil entre dans la statistique et échappe à l’article 395. Reste l’action en nullité de l’article 406, ouverte aux époux eux-mêmes, à toute personne intéressée et au ministère public devant le tribunal de paix. Elle est ouverte tant que l’un des deux n’a pas atteint dix-huit ans. Passé ce seuil, elle se ferme. Pour une fille mariée à quinze ans, la fenêtre juridique dure trois ans et se referme précisément au moment où elle acquiert la capacité d’agir en son propre nom. The post Kasaï-Oriental : 48 % des filles mariées avant 18 ans, et l’article qui ferme le recours appeared first on BETO .

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