Ebola : deux malades sur trois meurent au Nord-Kivu, moins d’un sur deux en Ituri

La riposte contre Ebola se joue en Ituri. C’est là que sont les cas, les lits, les équipes. Mais ce n’est pas là que l’on meurt le plus. Au 4 septembre 2026, la létalité de l’épidémie atteint 65,8 % au Nord-Kivu contre 45,1 % en Ituri, selon le rapport de situation numéro 113 de la Task Force présidentielle, arrêté ce jour-là et publié le lendemain par l’Institut national de santé publique. Deux malades sur trois meurent au Nord-Kivu. Moins d’un sur deux meurt en Ituri. L’écart est de plus de vingt points entre deux provinces qui affrontent le même virus depuis le même mois. Le cap des 3 000 morts Le bilan national au 4 septembre s’établit à 6 522 cas confirmés et 3 134 décès, soit une létalité de 48,1 %. Quatre-vingt-six nouveaux cas ont été confirmés dans les vingt-quatre heures précédentes, cinquante-trois en Ituri, trente et un au Nord-Kivu, deux au Haut-Uélé. Trente-neuf personnes sont mortes ce jour-là, dont trente dans la communauté et neuf à l’intérieur des centres de traitement. Le franchissement des deux seuils symboliques a été daté publiquement par le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé lors de son point de presse du 2 septembre : l’épidémie a dépassé les 6 000 cas déclarés le 1er septembre et les 3 000 décès le 2 septembre. Nous avions rendu compte de l’état de l’épidémie au 30 août, à 6 100 cas et 2 950 décès . Soixante et une zones de santé sur les 151 que comptent les six provinces touchées sont désormais atteintes, soit 40,4 %, et 246 aires de santé sur 3 104. Une nouvelle zone est entrée dans le décompte le 4 septembre : Kayna, au Nord-Kivu. Katwa, Butembo, Beni Le Nord-Kivu compte 969 cas confirmés et 638 décès cumulés, répartis sur seize zones de santé. Trois d’entre elles portent l’essentiel du bilan et affichent des létalités que l’Ituri ne connaît pas. Katwa : 440 cas, 286 décès, soit 65,0 % Butembo : 197 cas, 138 décès, soit 70,1 % Beni : 157 cas, 115 décès, soit 73,2 % Musienene : 92 cas, 50 décès À Beni, près de trois malades confirmés sur quatre meurent. En Ituri, les zones les plus lourdes affichent des taux nettement inférieurs : Bunia 31,0 %, Rwampara 35,1 %, Nizi 38,8 %, Mongbwalu 46,2 %. La zone la plus meurtrière de l’Ituri, Komanda, atteint 67,3 %, un niveau qui reste inférieur à celui de Beni. Deux cent trente-sept malades pour deux cent vingt lits Le rapport donne, jour par jour, le rapport entre les personnes hospitalisées et les lits disponibles. Au 4 septembre, l’Ituri hospitalise 495 personnes pour 978 lits, soit un taux d’occupation de 50,6 %. Le Nord-Kivu hospitalise 237 personnes pour 220 lits, soit 107,7 %. La province où l’on meurt le plus est donc aussi la seule des six où les capacités d’isolement sont dépassées. Le Haut-Uélé est à 48,4 %, la Tshopo à 28,0 %, le Sud-Kivu à 64,0 %. Le suivi des contacts suit la même ligne de partage. Au niveau national, 21 909 contacts ont été vus sur 25 500 attendus, soit 86,0 %, en recul par rapport aux 88,5 % de la veille. L’Ituri est à 89,8 %, le Nord-Kivu à 83,3 %, le Haut-Uélé à 72,1 %, le Bas-Uélé à 69,7 %. Un malade évadé, un centre menacé Le rapport de situation consacre un paragraphe aux obstacles rencontrés le 4 septembre. Il est explicite sur le Nord-Kivu : « Persistance des résistances communautaires : en Ituri, 21 refus d’isolement au CTE nécessitant un renforcement de la CREC et 7 corps non swabés pour résistance communautaire ; au Nord-Kivu, l’évasion d’un malade confirmé de la ZS de Katwa et le refus d’un confirmé de la ZS de Lubero de rejoindre le centre de transit, avec la menace de la population de brûler le CTE en construction ; à la Tshopo, résistances bloquant l’ouverture du ring du 20e cas et persistance des refus d’investigation, de prélèvement et de transfert au CTE. » Un centre de traitement en construction que la population menace de brûler, dans la province où les lits manquent déjà : la phrase relie les deux constats du jour. Ce que l’OMS dit des chaînes invisibles Le 2 septembre, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé a décrit une épidémie qui garde de l’avance sur la riposte. « L’épidémie est déjà la deuxième plus importante jamais enregistrée et la plus rapide que nous ayons jamais vue », a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus. Sur la part des décès survenant hors des structures, il a ajouté : « Cela signifie qu’il existe des chaînes de transmission que nous ne connaissons pas. » Le chiffre qui donne sa portée à cette phrase figure dans le rapport national : sur les trente-neuf décès du 4 septembre, trente sont survenus dans la communauté, soit plus de trois sur quatre. La veille, le 1er septembre, le chef des affaires humanitaires des Nations unies avait tenu la même ligne devant les États membres. « Nous ne pouvons pas répondre progressivement à une épidémie qui se développe désormais de manière exponentielle », a déclaré Tom Fletcher. Mille trois cents lits, objectif trois mille L’Organisation mondiale de la santé chiffre à plus de 1 300 le nombre de lits de traitement et d’isolement disponibles dans 49 structures, avec l’objectif de tripler cette capacité à 3 000 lits en trois mois. Elle indique avoir expédié plus de 330 tonnes de fournitures d’urgence et déployé plus de 300 experts, et avoir porté le réseau de laboratoires d’un seul centre national de référence à vingt-quatre, pour une capacité de 3 000 tests par jour. Le 1er septembre, l’organisation a publié une orientation d’urgence sur l’usage d’Ervebo, vaccin homologué contre le virus Ebola Zaïre, dans les flambées à virus Bundibugyo. C’est cette souche qui circule en République démocratique du Congo depuis avril, et pour laquelle il n’existe à ce jour aucun vaccin homologué. Deux candidats vaccins spécifiques sont en essais de sécurité au Royaume-Uni et au Canada, avec un passage aux essais d’efficacité annoncé en République démocratique du Congo pour octobre ou novembre. Au Bas-Uélé, la vaccination par Ervebo s’est poursuivie dans la zone de santé de Buta pour les personnels de première ligne et les contacts à haut risque. Le cumul des personnes vaccinées y était de 486 au 4 septembre. The post Ebola : deux malades sur trois meurent au Nord-Kivu, moins d’un sur deux en Ituri appeared first on BETO .