CongoNews

​"Ces violences sont hallucinantes" (Achille Mbembe)

DW Afrique · Eric Topona · 30 juillet 2026 · Source originale

Réuni à Johannesburg en Afrique du Sud , le Parlement panafricain appelle les autorités sud-africaines à agir contre les violences xénophobes ou afrophobes qui secouent depuis plusieurs semaines le pays. Récemment, deux ressortissants ghanéens ont saisi la Cour pénale internationale, CPI , pour demander l'ouverture d'une enquête sur les violences visant les migrants en Afrique du Sud. Ils estiment que ces violences constituent des crimes contre l'humanité et ils accusent les autorités sud-africaines de ne pas avoir empêché ni sanctionné ces attaques. Celles-ci rejettent ces accusations qu'elles qualifient d'"opportunistes". Les autorités sud-africaines estiment que le cadre juridique du pays protège contre toutes les formes de discrimination.

Le politologue camerounais et directeur général de la Fondation de l'innovation pour la démocratie , Achille Mbembe, décrit une situation "hallucinante". en Afrique du Sud.

Achille Mbembe : Ce qui est important à mes yeux, c'est que l'on puisse témoigner de ce qui est en train de se passer, de la façon dont des Africains sont en train de traiter d'autres Africains.

Je pense que ce qui est en train de se passer contredit tout le travail qui a été fait au cours du XIXᵉ, XXᵉ siècle pour redonner, restituer aux hommes et aux femmes d'Afrique leur statut d'humanité pleine et entière. Ce qui est en train de se passer réduit à néant tous les efforts effectués depuis la décolonisation pour transformer l'Afrique en un espace de liberté, un vaste espace de mouvement et de circulation, et faire de notre continent une puissance qui compte dans le monde.

Si nous acceptons de nous traiter de cette façon-là, c'est-à-dire de façon indigne, humiliante, nous n'aurons aucune raison objective de demander au reste du monde de nous traiter différemment.

D​W : Le président de la Commission de l'Union africaine, Mahamoud Youssouf, s'est récemment exprimé sur ces violences xénophobes en Afrique du Sud.  Or, l'Union africaine a été longtemps critiquée pour son silence.  Mieux vaut tard que jamais ?

​ Achille Mbembe : ​J'ai appris effectivement que le président de la Commission de l'Union africaine a fait des déclarations à ce sujet.

Ce n'est pas suffisant. L'Union africaine devrait s'emparer de cette question, pas seulement pour blâmer l'Afrique du Sud, mais enfin pour arriver à la mise en place de politiques continentales qui permettent aux Africains de circuler librement.

DW : Une grande partie de l'opinion africaine, intellectuels, responsables religieux, blogueurs ou encore défenseurs des droits humains, semble insensible ou s'implique peu par rapport à ce qui se passe en Afrique du Sud. Est-ce que vous le pensez aussi ? ​Achille Mbembe : Sur la toile, il y a des réactions. Il s'ag​it souvent d'invectives, d'insultes, de controverses fondées davantage sur les émotions que sur la raison.

Ce dont on a besoin , c'est d'arriver à un point où les sociétés civiles africaines, les gouvernements africains, les entreprises africaines, les forces religieuses, les artistes, les journalistes, toutes ces forces se rassemblent et fassent des propositions concrètes au sujet de la façon dont nous allons réaménager les formes de mobilité au sein de notre continent.

Pour écouter l'intégralité de l'interview, cliquez sur l'image (ci-dessus).