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RDC : « Nous sommes dans l’impasse », dit le président burundais sur le retrait rwandais

Beto.cd · Rédaction Kinshasa · 29 septembre 2026 · Source originale

« Jusqu’à maintenant, je ne vois pas un signe manifeste de désengagement des forces. » Le président burundais Évariste Ndayishimiye a dressé ce constat sur France 24, le 23 septembre, en marge de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies. Sa conclusion tient en quatre mots : « nous sommes dans l’impasse ». Il parle du retrait des troupes rwandaises du territoire congolais, et il le dit depuis une double position, celle d’un chef d’État dont l’armée combat au Sud-Kivu et celle du président en exercice de l’Union africaine. Le président burundais dit ne voir aucun signe de désengagement des forces rwandaises de l’est de la RDC, et qualifie la situation d’impasse. Il estime que les Forces démocratiques de libération du Rwanda ne sont qu’un prétexte avancé par Kigali : « Ce qui se dit, ce n’est pas ce qui se fait. » Le Groupe d’experts des Nations unies évalue les forces rwandaises à 8 000 à 10 000 hommes au Sud-Kivu et 6 000 à 8 000 au Nord-Kivu dans son rapport du 11 juin 2026. Kigali accuse de son côté l’armée burundaise d’avoir massé près de 20 000 hommes au Sud-Kivu en coalition avec les FDLR. C’est une allégation rwandaise, pas un constat onusien. Évariste Ndayishimiye juge Paul Kagame « malhonnête » sur la remise de personnes recherchées pour la tentative de coup d’État de 2015, et écarte les sanctions au profit du dialogue. Ce que dit le président burundais, et depuis quelle place Sur la menace qui pèserait sur son pays, Évariste Ndayishimiye ne s’embarrasse pas de précautions. « Ces craintes, elles sont toujours là parce que l’état-major qui organise ce terrorisme se trouve à Kigali, géré par Kigali, armé par Kigali, entretenu par Kigali », déclare-t-il, tout en assurant que « le Burundi n’a rien contre le Rwanda ». Sur les raisons avancées par Kigali pour justifier sa présence à l’est du Congo, il voit « un autre agenda caché ». L’homme qui parle a été élu président en exercice de l’Union africaine le 14 février 2026 à Addis-Abeba, pour l’année en cours. Il est aussi le chef d’un État dont les Forces de défense nationale du Burundi combattent au Sud-Kivu aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo et des Wazalendo. Les deux qualités ne se séparent pas dans cet entretien, et c’est ce qui en fait la portée comme la limite. Sa venue à Kinshasa, en août, l’avait déjà installé en médiateur du dialogue congolais , un rôle que sa parole de chef de guerre régional complique. Le prétexte, et ce que les experts de l’ONU n’ont pas écrit Le cœur de la déclaration est là. Le chef de la diplomatie rwandaise accuse l’armée burundaise de collaborer avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda, ces rebelles hutu rwandais déployés dans l’est du Congo. Pour le président burundais, l’argument ne tient pas : les FDLR ne sont qu’un prétexte, et « ce qui se dit, ce n’est pas ce qui se fait ». Sur ce point précis, une vérification est possible. Le Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC documente la présence combattante burundaise au Sud-Kivu, dans son rapport final du 11 juin 2026 comme dans son rapport intermédiaire du 30 décembre 2025. Il décrit une coalition entre les FARDC, les Wazalendo et les forces burundaises, notamment sur l’axe d’Uvira et dans la plaine de la Ruzizi. Il n’établit, dans aucun de ces rapports, de collaboration entre l’armée burundaise et les FDLR. Le même Groupe d’experts avait en revanche écrit, en juin 2024, que le Rwanda avait renouvelé son soutien à la Résistance pour un État de droit au Burundi, le RED-Tabara, mouvement armé burundais basé au Sud-Kivu. Son rapport de juin 2026 situe ce mouvement aux côtés du Twirwaneho et de l’AFC/M23 , sans reconduire explicitement le constat de soutien rwandais. Ce que Kigali répond La thèse rwandaise est documentée, et il faut la rapporter pour ce qu’elle est. Dans un communiqué du 10 décembre 2025 consacré à ce qu’il présente comme une violation du cessez-le-feu des accords de Washington par les armées congolaise et burundaise, le ministère rwandais des Affaires étrangères écrit que l’armée burundaise « a massé près de 20 000 hommes au Sud-Kivu », en coalition avec « les milices génocidaires FDLR soutenues par la RDC ». Ce chiffre de 20 000 est celui de Kigali. Le Groupe d’experts des Nations unies, lui, ne publie aucun effectif burundais. Il chiffre en revanche les forces rwandaises, et de manière prudente : de 8 000 à 10 000 éléments au Sud-Kivu, de 6 000 à 8 000 au Nord-Kivu, sans retrait constaté. Deux capitales, une même session L’argument du prétexte n’est pas venu de Bujumbura seulement. Le même mois, à la même tribune, la Première ministre congolaise Judith Suminwa Tuluka a consacré aux FDLR un développement qui vise le même point, en opposant à Kigali un protocole signé le 30 mai 2026 et 120 rapatriements . Kinshasa avait déjà présenté un protocole de démantèlement qui renvoie Kigali à ses propres obligations de levée des mesures dites défensives. Deux États voisins, tous deux engagés militairement dans l’est du Congo, tiennent donc devant les Nations unies le même raisonnement sur le même argument rwandais. C’est ce qui donne à l’entretien du 23 septembre son poids pour Kinshasa. Les putschistes de 2015, une promesse que Kigali conteste Le président burundais élargit le reproche à la parole donnée. Il juge Paul Kagame « malhonnête », le président rwandais ayant démenti s’être engagé à lui remettre des personnes soupçonnées d’avoir fomenté la tentative de coup d’État du 13 mai 2015 à Bujumbura. Évariste Ndayishimiye affirme que son homologue le lui avait dit dans son bureau : « Si j’ai promis, j’ai promis, je vais te les remettre. » Le contentieux est ancien. Le putsch manqué de mai 2015, mené par un groupe d’officiers, a échoué en moins de vingt-quatre heures et poussé quelque 200 000 Burundais à l’exil, vers la Tanzanie et le Rwanda. Bujumbura réclame depuis la remise de présumés putschistes qu’elle dit hébergés au Rwanda, une demande que la présidence burundaise portait déjà en novembre 2020 devant l’envoyé spécial des Nations unies. La frontière entre les deux pays, rouverte en 2022, a été refermée par décision burundaise en janvier 2024. Aucune réouverture n’a été documentée depuis. Le dialogue plutôt que les sanctions Interrogé sur d’éventuelles sanctions contre Kigali, le président burundais choisit l’autre voie. « Quand vous sanctionnez un pays, c’est toujours les citoyens qui en souffrent parce que les autorités vont continuer à vivre », répond-il, en privilégiant « la voie de dialogue ». La position tranche avec la séquence américaine. Washington a désigné les Forces de défense rwandaises et quatre officiers généraux le 2 mars 2026, et l’envoyé du président américain pour l’Afrique a depuis rattaché ces sanctions à la prise d’Uvira tout en indiquant qu’elles peuvent être levées. Dix-neuf mois après son adoption, la résolution 2773 du Conseil de sécurité attend toujours le retrait qu’elle exige. Repris par l’Agence congolaise de presse le lendemain de l’entretien, le président burundais résumait ainsi sa position : « si on veut la paix au Congo, le Rwanda doit se montrer positif sur le désengagement ». À lire aussi « Les FDLR ne peuvent plus servir de prétexte » : Suminwa avance un protocole et 120 rapatriés Résolution 2773 : dix-neuf mois après, l’inventaire de ce qui a été exécuté Boulos attribue les sanctions contre l’armée rwandaise à la prise d’Uvira The post RDC : « Nous sommes dans l’impasse », dit le président burundais sur le retrait rwandais appeared first on BETO .

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