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Au Burkina Faso, la morale RPP s’invite dans la culture

DW Afrique · Sandrine Blanchard · 11 août 2026 · Source originale

Au Burkina Faso , ce n’est pas une mince affaire que de joindre des personnes qui acceptent de parler, même sous couvert d’anonymat, de la suspension de 18 manifestations culturelles et festives. Le sujet est délicat.

Mais revenons-en d’abord aux faits. Le ministère burkinabè de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme a adressé des mises en demeure à plusieurs organisateurs de manifestations culturelles. Par exemple "Urban Vibes" à Bobo-Dioulasso, "The Out Side" à Loumbila, ou encore "Tropical Sommer" et "Ouaga Plage" à Ouagadougou.

Précisons que plusieurs de ces événements ont déjà eu lieu cette année. La décision concerne leurs éditions à venir, à la suite de photos qui ont circulé sur internet et dont le contenu a été jugé contraire à la morale.

S’ils ne respectent pas cette décision, les promoteurs de ces manifestations s’exposent à des sanctions comme le retrait de leurs autorisations, des amendes, voire l’interdiction d’exercer une activité artistique.

La décision s’inscrit dans une politique plus large dite d’"assainissement et d’éducation citoyenne" décrétée par les autorités militaires dans le cadre de la "Révolution progressiste populaire" (RPP).

Une loi de mars 2025 (loi n°004-2025/ALT) encadre le statut d’artiste et l’exercice culturel dans le pays. Elle stipule que les créations artistiques doivent ne pas mettre en danger l’ordre public et respecter les bonnes mœurs.

C’est là toute la difficulté de la notion : elle est subjective. Un promoteur culturel que nous avons joint nous a expliqué que les autorités misaient beaucoup sur la communication, notamment orale, pour "dicter" aux artistes la conduite à suivre. Ce sont elles qui " posent les limites de façon arbitraire ", nous a dit un intellectuel burkinabè.

Les artistes sont priés de bannir les danses obscènes, le vocabulaire trop cru, de ne pas exhiber certaines parties du corps pour respecter la "dignité". Bref, c’est assez flou.

Mais le promoteur culturel a reconnu que ces limites tacites étaient connues de tous. Alors les artistes reformulent, recourent aux paraboles...

Le ministre, qu’on appelle le "Camarade Ouédraogo", opère souvent des déplacements sur le terrain, il assiste à des séances de dédicaces, il félicite certains artistes. Certaines manifestations sont ainsi "adoubées" par les officiels. Comme le festival Youki Couleurs qui se tient jusqu’au 30 août à Bobo Dioulasso et propose de la danse, de la musique, de la poésie.

Le contenu doit rester sur les rails des "valeurs de la culture burkinabè", présentée comme éternelle. Car la répression se fait aussi au nom d'une soi-disant "africanisation" culturelle.

On l’a dit, les contrevenants s’exposent à des sanctions qui peuvent être lourdes. L’artiste Kosa Pic a ainsi déjà été emprisonné  plusieurs fois pour des clips jugés obscènes. Dans ce nouveau contexte, beaucoup préfèrent manier l’allusion plutôt que la provocation.