Ebola : des familles s’opposent aux enterrements sécurisés

Un dernier adieu… mais à distance. Au cimetière de Butembo, dans l'est de la RDC , la famille Malinga assiste à l’enterrement d'un proche sans pouvoir toucher au cercueil. Ce sont les membres de l’équipe d’enterrement digne et sécurisé qui prennent en charge la dépouille jusqu’à sa mise en terre.
Il y a un mois, Gloire Malinga a perdu son grand-père, un infirmier mort d ’Ebola à Butembo, dans le Nord-Kivu. Le défunt avait contracté le virus alors qu’il soignait un malade.
Sa famille a vécu ce deuil dans le respect des mesures sanitaires imposées. Mais Gloire regrette que certains gestes autrefois considérés comme indispensables pour accompagner un mort soient désormais interdits.
"Chez nous, quand quelqu’un est décédé, d’ailleurs, on n’amène pas le corps à la morgue. On doit dormir à côté du défunt pour des adieux toute la nuit et puis on va l'enterrer. Ça n’a pas été fait puisque la nature nous l’a imposé. Et puis c’était prévu d’aller enterrer chez nous, au village, mais ça n’a pas été fait. Certains amis ne voulaient pas venir compatir avec nous quand ils avaient entendu que, dans cette famille, il y avait eu un mort par Ebola."
Une séparation difficile à accepter dans une région où les rites funéraires occupent une place importante. Mais pour Augustin Muhindo, membre de l’équipe chargée des enterrements dignes et sécurisés à Butembo, cette distance n’est pas un simple protocole.
"Quand quelqu’un meurt, notre première mission est de sécuriser le corps. Après, on parle à la famille pour organiser les funérailles. Les familles doivent participer, mais le plus important est qu’elles acceptent de ne pas toucher ou manipuler le corps du défunt."
Malgré les efforts de sensibilisation, certaines familles contestent encore le diagnostic ou refusent les procédures imposées par les équipes sanitaires.
Il y a quelques semaines, un incident a suscité l’émotion à Butembo. Des jeunes ont ouvert un cercueil et manipulé la dépouille d’une personne morte d’Ebola. Une scène qui illustre l’un des principaux défis de la riposte : empêcher que les rites funéraires ne participent à la transmission du virus.
Selon Evariste Kambale, agent de santé publique à Butembo, "quand on est décédé par Ebola, on contamine beaucoup plus, plus qu’un malade. C’est comme ça qu’on interdit à la population, aux jeunes garçons, aux jeunes filles, de toucher vraiment les corps. Tous les enterrements doivent être effectués par les équipes EDS, enterrement digne et sécurisé, et la famille doit collaborer" .
Pour comprendre ces comportements, il faut aussi regarder au-delà de la maladie. A Butembo, comme dans de nombreuses communautés bantoues, les rites funéraires ont une forte dimension familiale, sociale et religieuse.
Edgard Mateso, sociologue, explique ainsi à la DW, que "la mort chez les Africains a toujours une explication. Lorsque quelqu’un meurt par une maladie très grave, la famille considère cela comme une malédiction. Et donc, quand vous venez annoncer à quelqu’un qu’il est mort d’une maladie aussi grave qu’Ebola, cette mort-là n’est pas digne et les vivants ne veulent pas accepter que leur proche meure d’une telle maladie. Et voilà pourquoi on ne veut pas accepter cela" .
Dans cette région marquée par la méfiance envers Ebola, les équipes sanitaires veulent empêcher que le deuil ne provoque de nouvelles contaminations. Un équilibre délicat à trouver : permettre aux familles de dire adieu à leurs proches, sans exposer les vivants au virus.