Au Tchad, les "Mamans Lumière" contre la malnutrition

À l'occasion de la Journée mondiale de l'alimentation, direction la province du Lac, au Tchad, où la malnutrition reste une préoccupation pour de nombreuses familles.
Dans le village de Ngouboua Koura, des femmes surnommées les "Mamans Lumière" se mobilisent pour améliorer l'alimentation des enfants . Formées par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), elles apprennent à préparer une farine nutritive à base de produits locaux et transmettent leurs connaissances à d'autres mères.
Au petit marché de Ngouboua Koura, Hawa Tchimborom avance entre les étals. Âgée de 45 ans et mère de sept enfants, elle fait partie des bénéficiaires de la formation. Désormais, elle sait quels ingrédients acheter pour préparer cette farine enrichie destinée à ses enfants. Ce midi-là, elle détaille ses achats : "Pour préparer la bouillie de mes enfants, ce midi, je suis venue acheter du sucre, des arachides, du gari, de l'huile et du lait caillé. L'ensemble des ingrédients me coûte 400 francs CFA" .
De retour chez elle, Hawa dispose les ingrédients sur une natte. Elle les trie et les mélange soigneusement pour obtenir une farine riche en nutriments, qu'elle utilisera pour préparer la bouillie de ses enfants.
Cette méthode, apprise lors de la formation, lui permet désormais de préparer elle-même une alimentation enrichie pour sa famille. Elle peut également partager ce savoir-faire avec d'autres mères. "J'ai appris cette méthode pendant la formation. Maintenant, je peux préparer cette farine pour mes enfants et expliquer à d'autres femmes comment la faire", a-t-elle expliqué .
Le rôle de Hawa Tchimborom ne se limite pas à sa propre famille. Comme les autres « Mamans Lumière », elle est devenue un relais au sein de sa communauté. Elle accompagne d'autres femmes dans la préparation de la farine et leur explique comment l'utiliser pour nourrir les enfants.
"Je montre aux autres femmes comment mélanger les ingrédients et comment donner cette farine aux enfants. C'est important pour leur santé et leur croissance", a-t-elle précisé.
Pour Martin Noubaïnda, nutritionniste au CICR, la pérennité de cette initiative dépend de son appropriation par les communautés locales. L'objectif est de permettre aux familles de poursuivre ces pratiques, même après le départ de l'organisation humanitaire.
"L'idée, c'est de pérenniser cette activité, même après le retrait du CICR. Il faut savoir qu'aucune organisation internationale ne restera éternellement dans une zone. Il faut donc que la population s'approprie cette initiative. C'est la raison pour laquelle nous avons misé sur les aliments locaux. Une alimentation équilibrée au sein des ménages est très importante pour lutter contre la malnutrition. Cette farine contribue à la prévention et à la prise en charge de la malnutrition. Lorsque les enfants consomment la bouillie préparée à partir de cette farine, leur état peut s'améliorer en quelques semaines et ils peuvent retrouver la santé" , a-t-il déclaré.
Dans la province du Lac, la malnutrition aiguë globale touche 11 % de la population, dont 1,3 % de cas sévères, selon les derniers rapports humanitaires cités. À l'échelle nationale, le taux dépasse 10 % dans 15 des 23 provinces.
Face à cette situation, l'initiative des « Mamans Lumière » mise sur les ressources alimentaires disponibles localement et la transmission des connaissances entre femmes. Une approche qui vise à renforcer les pratiques nutritionnelles au sein des familles et à contribuer à la lutte contre la malnutrition infantile.