Enquête pour blanchiment présumé : des perquisitions en Belgique ont visé des proches de Félix Tshisekedi

En Belgique, la justice a procédé à des perquisitions dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent visant des membres de la famille du président congolais Félix Tshisekedi .
Ces opérations font suite à des accusations liées à l'exploitation présumée illégale de concessions minières dans le sud-est de la République démocratique du Congo. Au Lualaba, certains acteurs de la société civile saluent cette procédure judiciaire, tandis que la Première dame congolaise, Denise Nyakeru, rejette fermement les accusations et dit s'étonner des perquisitions menées au domicile familial en Belgique.
Le parquet fédéral belge a confirmé des opérations menées le 14 octobre à Bruxelles et dans plusieurs communes du Brabant flamand et du Brabant wallon. Plusieurs dizaines de policiers ont été mobilisés dans le cadre d'une instruction judiciaire ouverte pour blanchiment, à la suite de plaintes déposées par des organisations non gouvernementales en juillet 2025.
Au cœur du dossier, des accusations d’exploitation illégale de concessions de cuivre et de cobalt dans l'ancienne province du Katanga. Plusieurs organisations de la société civile dénoncent l'occupation de plusieurs sites miniers liés notamment à Boss Mining, une filiale du groupe ERG Africa, qui exploite ces concessions dans le cadre d'un contrat d'amodiation avec la Gécamines.
En juillet dernier, des habitants de 27 communautés du territoire de Lubudi avaient manifesté pour dénoncer ce qu'ils qualifient de pillage des ressources minières, en particulier à Kisangala et dans d'autres localités.
Pour Maître Hervé Diakese, l'un des avocats des plaignants, cette affaire traduit le sentiment de dépossession éprouvé par les populations du Grand Katanga, qui estiment ne pas bénéficier suffisamment des richesses de leur sous-sol.
Selon lui, "cette affaire porte quand même la voix des cris silencieux, des frustrations des populations dans l'ensemble de notre pays et en particulier pour le Katanga, d'une série de privations, de captations de leurs ressources sans aucune possibilité de reddition de comptes. Donc, une population qui vit dans l'abandon, qui se voit spolier, qui manque du nécessaire vital. Ni eau, ni électricité, ni route, ni hôpitaux, et même les écoles abîmées et à l'abandon. Je pense qu'à un certain moment, ces cris devaient être portés, cette exigence de justice devrait être entendue".
L'entourage du chef de l'État rejette ces accusations et affirme qu'aucun site minier de la région n'est contrôlé par la famille présidentielle.
Le collectif des plaignants congolais salue, pour sa part, les perquisitions et entend poursuivre sa collaboration avec la justice belge. Il insiste également sur le respect des droits de toutes les parties pendant la procédure.
À Kolwezi, cette affaire retient l'attention d'acteurs de la société civile, qui attendent que les accusations relatives à la gestion des ressources minières soient examinées par la justice. Maître Donnat Kambola, coordonnateur de l'Initiative pour la Bonne Gouvernance et les Droits Humains (IBGDH), estime qu" 'en ce qui concerne la crédibilité de la démarche, qui est maintenant en Belgique, les organisations comme les nôtres, nous espérons qu'on appliquera la loi et que même les accusés bénéficieront des droits équitables.Il appartient à la justice belge ou aux organes judiciaires belges de mener les enquêtes, de poser des questions pour essayer de rétablir la vérité ou de rétablir les faits, s'ils coïncident avec les infractions ou pas. Mais nous considérons qu'il faut décourager cette pratique d'enrichissement illicite chaque fois qu'on occupe un poste quelconque dans la société".
Dans un communiqué transmis par ses avocats, Denise Nyakeru conteste fermement les griefs qui lui sont adressés et affirme qu'elle collaborera pleinement avec la justice belge. Elle dit également s'étonner des perquisitions menées au domicile familial.
Déposée en juillet 2025 par les avocats Bernard et Brieuc Maingain au nom d'organisations non gouvernementales katangaises et de quatre anciens directeurs de la Gécamines, la plainte vise neuf membres de la famille présidentielle. Parmi les personnes citées figurent la Première dame, les fils, les frères, les neveux et la belle-sœur du chef de l’État. Selon les plaignants, ces personnes seraient notamment impliquées dans des contrats de sous-traitance portant sur des résidus miniers.
L'instruction devra déterminer si les faits dénoncés sont établis, dans le respect de la présomption d'innocence.