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Le dilemme de la C64 : après le FRN, on ne peut plus réclamer une chaise pour Kabila !

Beto.cd · Rédaction Kinshasa · 20 octobre 2026 · Source originale

Le 12 octobre, à Goma, Joseph Kabila a pris la tête du Front pour la refondation de la nation, structure politico-militaire qui succède à l’AFC-M23, avec Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa pour adjoints. Nous avons dit le 15 octobre ce que vaut une refondation annoncée le fusil à la main . Reste l’autre moitié de la question, celle que l’opposition institutionnelle n’a pas envie de regarder en face. Pendant des mois, la Coalition Article 64 a porté un plaidoyer : il faut un dialogue national inclusif, et il ne sera inclusif que si Joseph Kabila y a sa place. Le 12 octobre a vidé cette position de son objet. Il ne s’agit plus de savoir si l’ancien chef de l’État doit être invité à une table. Il s’agit de savoir si l’on invite à une table un homme qui dirige une structure armée liée à l’agression rwandaise. Ce n’est pas la même question. Ce n’est pas la même réponse. Le piège de l’article 64 La coalition porte dans son nom l’article 64 de la Constitution. Son premier alinéa dispose : « Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution. » Son second ajoute que « toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l’État ». Lisez les deux alinéas l’un après l’autre. Un front politico-militaire doté d’un état-major ne relève pas du premier alinéa, qui arme le citoyen contre la force. Il relève du second, qui punit ceux qui recourent à la force. Le droit congolais le dit sans détour . Invoquer l’article 64 pour couvrir une structure armée, c’est retourner contre la Constitution l’article écrit pour la protéger. Une coalition qui a fait de ce numéro son drapeau ne peut pas laisser faire ce détournement sans dire un mot. C’est son nom qui est en jeu, et avec lui sa crédibilité. L’interpellation du gouvernement est fondée Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a renvoyé dimanche 18 octobre la C64 à son propre plaidoyer et lui a demandé de faire « le choix de la République ». La question est juste, et elle appelle une réponse. Le président Félix Tshisekedi avait posé la ligne dès son allocution du 27 août , avant que le FRN n’existe : pas de dialogue avec ceux qui combattent l’ordre constitutionnel par les armes ou s’allient à une puissance étrangère. Aucune conquête militaire ne se convertit en légitimité politique. Sept semaines plus tard, les faits lui ont donné raison. Ceux qui tenaient cette ligne pour une fermeture doivent reconnaître qu’elle était une anticipation. D’autres formations ont tranché. Le parti de Christophe Lutundula a réclamé des sanctions . L’Alliance pour une Génération Citoyenne a parlé de trahison. Au sein même du PPRD, des cadres ont annoncé leur retrait plutôt que d’être associés à une aventure armée. Des figures comme Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga ou Jean-Marc Kabund ont bâti leur stature sur le refus de la force comme mode d’accès au pouvoir. Le silence serait, chez eux, plus coûteux que chez quiconque. Condamner la dérive militariste du FRN ne revient pas à rallier le pouvoir. Cela revient à rester soi-même. Une opposition qui refuse le fusil garde intact son droit de combattre le gouvernement par les urnes, par le droit et par la parole. Une opposition qui hésite le perd. L’État n’a pas seulement un droit, il a un devoir On entendra que l’interdiction prononcée le 15 octobre contre treize formations est excessive. C’est oublier ce que dit le second alinéa de ce même article 64. Face à une tentative de renversement du régime constitutionnel, l’État n’a pas seulement la faculté d’agir. Il en a l’obligation. Quand un homme condamné à mort par contumace pour trahison, sanctionné par le Trésor américain depuis avril, prend la tête d’un front armé depuis une ville occupée, les formations dont les dirigeants lui sont associés cessent d’être des partis politiques ordinaires. La mesure du ministère de l’Intérieur suspend des activités. Elle ne dissout rien : la dissolution relève du juge, et le juge reste saisissable. La preuve que le cadre fonctionne, c’est que les voies de recours sont ouvertes et qu’elles sont empruntées. Le LGD a adressé le 19 octobre une demande de réexamen au vice-Premier ministre de l’Intérieur. Personne n’a été arrêté, aucun siège n’a été scellé par la force, et la lettre a été reçue et enregistrée. Dans beaucoup de pays confrontés à une rupture armée de cette nature, la réponse aurait été autrement plus lourde. Un conseil au gouvernement, et c’est le seul : publier les motifs, formation par formation. Une mesure motivée devient inattaquable, et elle distingue nettement ceux qui ont basculé de ceux qui n’ont rien fait. C’est la meilleure réponse à ceux qui voudraient faire passer une mesure de sauvegarde pour un bâillon. Choisir, maintenant Il n’y a pas deux Républiques, une pour ceux qui votent et une pour ceux qui tirent. Il y a un ordre constitutionnel, imparfait, discuté, et c’est le seul cadre où un désaccord ne se solde pas par un deuil. La C64 doit dire où elle se tient. Le pays, lui, a déjà dit où il se tient : derrière ses institutions, face à une agression étrangère que personne ne peut plus feindre d’ignorer. 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Éditorial BETOPolitique

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