ZLECAf : la RDC réclame l’application des concessions tarifaires face à un commerce intra-africain limité à 15 %

Le jeudi 22 octobre 2026, à Brazzaville, la République démocratique du Congo (RDC) a appelé les États africains à accélérer l’application des engagements commerciaux pris dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dans un contexte marqué par la faiblesse persistante des échanges entre les économies du continent. Cette position a été défendue par le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, lors de la deuxième journée de la conférence régionale SA-ZLECAf, consacrée à la participation des femmes et des jeunes au commerce continental. Le responsable congolais a particulièrement insisté sur l’implication des ministères des Finances dans la transposition des concessions tarifaires négociées entre les États membres. Ces dispositions prévoient une réduction progressive des droits de douane sur certaines marchandises africaines. Leur application nécessite toutefois une adaptation des législations nationales et des mécanismes de perception des recettes douanières. Julien Paluku a également appelé à renforcer la vulgarisation des avantages de la ZLECAf auprès des opérateurs économiques. Cette démarche intervient alors que les statistiques commerciales révèlent une intégration régionale encore limitée. Selon l’African Trade Report 2026 d’Afreximbank, le commerce intra-africain a atteint 213,8 milliards USD en 2025, contre 202,7 milliards USD en 2024, soit une progression de 5,47 %. Malgré cette croissance, ces transactions représentent seulement 15 % des échanges commerciaux du continent. Ce qui revient à dire, sur chaque tranche de 100 USD de commerce africain, environ 15 USD correspondent ainsi aux échanges entre pays africains, contre 85 USD avec les partenaires extérieurs. La RDC affiche néanmoins une progression notable. Ses échanges avec les autres économies africaines auraient atteint 14,4 milliards USD en 2025, contre 9,61 milliards USD une année auparavant. Cette augmentation, proche de 50 %, représenterait environ 6,74 % du commerce intra-africain. Toutefois, ces performances quantitatives doivent être examinées à la lumière de la structure des exportations congolaises, largement dominées par les ressources minières. Dans sa Revue annuelle sur l’efficacité du développement 2026, la Banque africaine de développement (BAD) souligne les contraintes persistantes liées aux infrastructures, à la fragmentation des marchés et aux obstacles réglementaires. L’analyse économique de ces indicateurs montre que la réduction des barrières tarifaires ne garantit pas automatiquement une augmentation des échanges ni une meilleure répartition de leurs bénéfices. Sans capacités industrielles suffisantes, infrastructures logistiques performantes et accès au financement, plusieurs économies risquent de demeurer principalement des marchés de consommation. Pour la RDC, la diversification productive et la transformation locale des matières premières constituent donc des leviers essentiels pour renforcer sa participation aux chaînes de valeur africaines. Kinshasa, annoncée comme prochaine ville hôte de la conférence régionale SA-ZLECAf, aura l’occasion de porter ces préoccupations dans les discussions régionales. L’efficacité du processus se mesurera notamment à la réduction des coûts commerciaux, à la fluidité des échanges transfrontaliers et à la progression des exportations africaines à plus forte valeur ajoutée, glisse un vieux routier du secteur. Flory MUSISWA
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