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Transfert des eaux du Fleuve Congo : Félix Tshisekedi conditionne tout projet à un référendum et à des garanties scientifiques

Zoom Eco · Kiala Curnis · 23 octobre 2026 · Source originale

Le contrôle des ressources en eau s’impose progressivement comme un enjeu stratégique pour les économies africaines. En République démocratique du Congo, la question prend une dimension particulière au regard de l’importance du réseau hydrographique national et des perspectives de redistribution des ressources hydriques entre les différents bassins du continent. Intervenant le jeudi 22 octobre 2026 à Luanda, à l’ouverture de la quatrième Biennale de Luanda, le Président Félix Tshisekedi a rappelé que tout projet de transfert des eaux du fleuve Congo devait respecter le cadre constitutionnel et légal congolais. Le Chef de l’État a notamment défendu le principe d’un référendum préalable et exigé des garanties scientifiques rigoureuses sur les conséquences environnementales d’une éventuelle opération. Cette déclaration traduit la volonté de Kinshasa de conserver la maîtrise de ses ressources naturelles, tout en maintenant la possibilité d’une coopération régionale fondée sur des engagements mutuellement acceptés. Au-delà des considérations environnementales et diplomatiques, la question du transfert des eaux du bassin du Congo soulève des enjeux économiques majeurs. Les ressources hydriques constituent un levier de développement pour plusieurs secteurs, notamment l’agriculture, l’énergie, la pêche, les transports fluviaux et les activités industrielles. Toute modification importante des débits pourrait avoir des répercussions sur les activités économiques des territoires concernés, les moyens de subsistance des populations et les perspectives d’exploitation durable des ressources naturelles. Pour la RDC, l’enjeu consiste donc à évaluer les bénéfices potentiels d’une coopération hydrique régionale sans compromettre ses propres besoins de développement. Une telle démarche suppose de disposer d’études fiables permettant de mesurer les effets d’un prélèvement sur les débits, les écosystèmes aquatiques et les usages économiques de l’eau. Les analyses devraient également intégrer les évolutions démographiques, les besoins futurs des populations, les changements climatiques et les effets cumulés des infrastructures existantes ou projetées. En exigeant des garanties scientifiques avant toute décision, Félix Tshisekedi place ainsi la connaissance des ressources et l’évaluation des risques au cœur du processus de décision publique. Le bassin du lac Tchad au cœur des réflexions régionales Parmi les projets étudiés figure le transfert d’une partie des eaux de l’Ubangui, affluent du fleuve Congo, vers le bassin du lac Tchad. Cette perspective vise à répondre aux pressions hydrologiques, climatiques et humaines qui affectent cette région. Une étude de faisabilité achevée en 2011 pour la Commission du bassin du lac Tchad avait examiné plusieurs scénarii de transfert. Le projet illustre les ambitions de coopération régionale autour de l’eau, mais aussi la complexité technique, environnementale et financière des infrastructures envisagées. La mise en œuvre d’un tel dispositif nécessiterait notamment des investissements importants dans les ouvrages de captage, les canaux ou conduites de transfert, les systèmes de pompage et les infrastructures de suivi. À ces dépenses s’ajouteraient les coûts d’exploitation, de maintenance et de surveillance environnementale. La rentabilité économique d’une telle opération dépendrait également des volumes d’eau effectivement transférables, des besoins des territoires bénéficiaires, des coûts énergétiques et des conséquences éventuelles sur les activités économiques des bassins d’origine. Dans ce contexte, la disponibilité de données hydrologiques actualisées et d’évaluations indépendantes apparaît déterminante pour apprécier la faisabilité du projet et ses implications à long terme. Des préalables pour sécuriser les investissements La position défendue par Kinshasa met en évidence une question centrale pour les grands projets d’infrastructures transfrontalières : la sécurité des investissements repose aussi sur la prévisibilité juridique, l’acceptabilité sociale et la maîtrise des risques environnementaux. Un projet de transfert d’eau engageant plusieurs États ne peut se limiter à une démonstration de faisabilité technique. Il doit également reposer sur des mécanismes de gouvernance clairs, une répartition transparente des coûts et des bénéfices, ainsi que des dispositifs de contrôle permettant de prévenir les différends. Pour les États concernés, l’enjeu est de parvenir à des accords qui tiennent compte des besoins des populations bénéficiaires sans transférer les coûts économiques et écologiques vers les territoires d’origine. La RDC entend, pour sa part, inscrire toute éventuelle participation à une telle initiative dans le respect de sa législation et de la volonté de sa population. Le référendum défendu par le Président congolais constituerait, dans cette perspective, un mécanisme de validation politique d’un choix susceptible d’engager durablement les intérêts nationaux. Cette exigence ne ferme pas la porte à la coopération régionale. Elle souligne plutôt la nécessité de définir des règles acceptées par les parties et de fonder les décisions sur des évaluations scientifiques vérifiables. La diplomatie de l’eau comme levier de coopération africaine Le débat a été relancé dans le cadre de la quatrième Biennale de Luanda, organisée les 22 et 23 octobre 2026 par le gouvernement angolais, l’Union africaine et l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Consacré à la culture de la paix et de la non-violence, ce forum panafricain accorde une place importante à la gouvernance de l’eau comme instrument de prévention et de résolution des conflits. Les échanges portent notamment sur la coopération transfrontalière, la gestion durable des ressources hydriques, la résilience climatique et le développement des infrastructures. Ces questions revêtent une importance économique croissante pour un continent confronté à des besoins grandissants en matière d’accès à l’eau, d’assainissement, d’agriculture et de production énergétique. Les discussions s’inscrivent également dans les priorités africaines de développement durable, notamment celles liées à l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Pour les économies du continent, une meilleure coordination de la gestion des ressources hydriques pourrait favoriser la sécurisation des approvisionnements, soutenir les activités productives et réduire les risques de tensions entre États. Mais ces perspectives dépendent de la capacité des gouvernements à concilier les intérêts nationaux, les impératifs environnementaux et les besoins des populations. Kinshasa privilégie la maîtrise de ses choix La déclaration de Félix Tshisekedi à Luanda confirme que la RDC entend aborder la question des transferts d’eau sous l’angle de la souveraineté économique et de la gestion durable de son patrimoine naturel. Le pays ne rejette pas, par principe, les perspectives de coopération régionale. Il conditionne toutefois toute décision à une procédure politique conforme à son cadre légal et à la production de preuves scientifiques permettant d’en mesurer les conséquences. À terme, l’équation sera autant économique que diplomatique : déterminer dans quelles conditions une ressource stratégique peut contribuer au développement régional sans compromettre les intérêts du pays qui la détient. Pour Kinshasa, la priorité reste donc de garantir que toute initiative éventuelle repose sur des données fiables, une évaluation transparente des coûts et des bénéfices, ainsi qu’un consentement populaire clairement établi. Olivier KAFORO

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