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​Au Tchad, l'exploitation de l’or au centre des tensions​ à Miski

DW Afrique · Eric Topona · 23 octobre 2026 · Source originale

Selon le droit tchadien, les ressources du sous-sol appartiennent à l’Éta t. Les populations peuvent bénéficier des retombées économiques de leur exploitation, mais n’en détiennent pas la propriété. À Miski, plusieurs habitants contestent toutefois ce cadre et réclament un rôle plus important dans la gestion des ressources aurifères ainsi qu’une part accrue des bénéfices générés par leur exploitation.

Pour Remadji Hoinathy, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS), le différend révèle une contradiction entre les revendications locales et le principe de souveraineté de l’État sur les ressources naturelles. Selon lui, ​l​e comité d'autodéfense​ a cherché à imposer sa vision de la gestion minière en s’appuyant sur des structures d’autodéfense armées.  Dans le cas de Miski, justement, il y a une contradiction en ce sens que les populations avaient mis en avant la nécessité pour elles, en fait, d'être les premières bénéficiaires de ces ressources. Comment, dans une zone de la République, comme toute autre, des ressources naturelles obéissant aux mêmes principes que le pétrole dans d'autres zones, peuvent être gérées dans une situation hybride ? Ces communautés ont préféré plutôt utiliser la ressource militaire, pour se mettre en comité et imposer leur point de vue dans la gestion de ces ressources", affirme le chercheur.

Afin de mettre un terme aux affrontements, un accord de paix avait été signé le 20 avril 2025 entre les autorités tchadiennes et le comité d’autodéfense représentant les populations de Miski. Le texte prévo​it notamment un cessez-le-feu, une amnistie pour les personnes impliquées dans les hostilités passées et des mesures liées à l’exploitation de l’or.

Mais son application fait aujourd’hui l’objet de vives contestations.

Pour ​Abakar Assileck Halata, président du Mouvement des patriotes pour la renaissance du Tchad, le gouvernement n’a pas respecté certaines dispositions essentielles. Celui est aussi Coordonnateur de la nouvelle dynamique pour le changement au Tchad cite notamment les engagements relatifs à l’annulation des permis miniers existants et à la suspension des activités d’exploitation en attendant la réalisation d’études environnementales et sociales.

​À en croire Abakar Assileck Halata​, "sur les 14 points évoqués, il y en a trois qui, à mes yeux, sont importants. L'article six notamment. Il y était question des permis miniers et de l'exploitation de l'or. Le gouvernement doit s'engager à annuler tout permis d'exploitation minière en cours et à suspendre les activités minières à Miski et dans ses environs, mais aussi à attendre la cartographie environnementale et sociale. L'État n'a pas respecté cette clause."

Les autorités tchadiennes rejettent ces accusations et affirment, de leur côté, avoir honoré les engagements prévus par l’accord. Chaque camp tient ainsi l’autre pour responsable de la dégradation de la situation sécuritaire.

Face à l’escalade des tensions, les chefs traditionnels, les organisations de la société civile, les associations de femmes et les représentants de la jeunesse ont appelé à la cessation immédiate des hostilités.

Dans une déclaration signée le 19 octobre à N’Djamena, ils demandent l’application intégrale de l’accord de Bardaï ainsi que la création d’un cadre permanent de dialogue pour prévenir de nouveaux affrontements dans le Tibesti.

Le même jour, la Médiature de la République a exhorté le gouvernement et le comité d’autodéfense à privilégier la retenue et la concertation. L’institution estime que les ressources naturelles de la région ne doivent pas continuer à alimenter les cycles de violence. Dans un communiqué publié ce 23 octobre 2026, la Médiature de la République a exprimé sa  "vive inquiétud"  face à la dégradation de la situation sécuritaire dans la zone de Miski.

Le médiateur Saleh Kebzabo, déplore les risques que cette situation fait peser sur la sécurité des populations, la cohésion sociale et les acquis du processus de dialogue engagé dans la région. Selon lui, « la force ne saurait se substituer durablement au dialogue », elle appelle l'ensemble des parties concernées à une cessation immédiate des hostilités, à la désescalade et à la reprise des discussions.

Au-delà des affrontements récents, la cris​e de Miski met en lumière une question récurrente dans plusieurs régions riches en ressources naturelles : comment concilier les attentes des communautés locales, les impératifs de développement économique et l’autorité de l’État sur les richesses du sous-sol ? Au Tibesti, l’avenir de l’accord de paix dépendra en grande partie de la réponse apportée à cette équation.

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