Corridors de Lobito et de Banana : le CREFDL dénonce l’absence d’études de faisabilité

Dans son rapport d’évaluation citoyenne publié ce vendredi 23 octobre 2026, cette organisation pointe notamment l’absence d’études préalables de préfaisabilité et de faisabilité, les insuffisances en matière de transparence et la faible participation des communautés locales à la conception de ces projets d’envergure.
Tout en saluant ces initiatives, susceptibles de contribuer à l’essor économique du pays, le CREFDL invite le gouvernement, particulièrement les ministères des Transports, du Plan et des Infrastructures et Travaux publics, à prendre en compte les faiblesses relevées dans son rapport.
Le coordonnateur du CREFDL, Valéry Madianga, salue le recours au partenariat public-privé (PPP) pour la réalisation de ces mégaprojets. Il estime toutefois que le respect des procédures légales et des principes de transparence constitue l’un des principaux défis de leur mise en œuvre.
L’organisation déplore notamment l’absence d’études de faisabilité préalables, qu’elle considère comme une violation de l’article 17 du décret portant gestion des investissements en RDC.
Le coordonnateur du CREFDL relève également l’absence d’une évaluation globale du coût des différents corridors et de leurs projets connexes.
Pour cette organisation, ces études sont indispensables pour garantir la rentabilité des investissements, préserver les intérêts de l’État congolais et maximiser les retombées économiques et sociales pour les populations.
Le CREFDL déplore également le contraste entre la communication officielle autour de ces projets et leur niveau d’avancement technique. Selon l’organisation, les annonces se multiplient alors que plusieurs travaux préparatoires essentiels restent à accomplir.
Il affirme que la Banque mondiale s’est dite disposée à financer les études nécessaires, mais que les termes de référence attendus tardent encore au niveau du ministère des Infrastructures et Travaux publics (ITPR).
Le rapport relève plusieurs autres faiblesses, notamment l’absence d’une politique publique harmonisée et actualisée intégrant explicitement les projets des corridors aux différents niveaux de gouvernance, qu’il s’agisse des autorités nationales, provinciales ou locales.
Le CREFDL souligne également que les programmes d’investissements publics (PIP) 2025-2027 et 2026-2028, élaborés par les ministères du Budget et du Plan, ne font pas état de ces projets phares.
À cela s’ajoute le manque de coordination entre les projets initiés par le pouvoir central, les provinces et les entités territoriales décentralisées (ETD).
Selon l’organisation, les liens entre ces différentes initiatives ne sont pas clairement établis dans une logique de planification cohérente.
Le rapport pointe par ailleurs l’absence des conseils provinciaux d’aménagement du territoire et des comités locaux d’aménagement du territoire, considérée comme un obstacle majeur à la mise en place d’un écosystème cohérent autour des corridors de Lobito et de Banana.
Selon le CREFDL, la coordination entre les administrations concernées repose principalement sur un forum de discussion informel réunissant, à Kinshasa, les directions d’études et de planification des ministères concernés, sans produire suffisamment de résultats concrets.
Autre préoccupation majeure : la faible implication des citoyens dans la conception de ces projets. D’après le CREFDL, les échanges se limitent essentiellement au gouvernement et à ses partenaires techniques et financiers, sans garantir une participation effective des communautés concernées, en violation des articles 163 et 164 du décret portant gouvernance budgétaire en RDC.
Selon lui, dans la province du Kongo Central, les autorités locales et l’antenne de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) du territoire de Moanda auraient formulé des observations similaires.
Pour le CREFDL, l’absence d’une contextualisation adéquate des plans provinciaux et locaux de développement risque de marginaliser les administrations locales dans la réalisation de certains projets économiques.
L’organisation plaide ainsi pour une meilleure prise en compte des besoins des communautés dès la conception des projets, afin de garantir une répartition plus équitable de leurs retombées.
Le CREFDL attire également l’attention sur les risques liés à l’octroi d’exonérations fiscales sans base légale suffisamment établie ni évaluation préalable de leurs conséquences sur les finances publiques.
Selon le rapport, l’absence d’études de faisabilité permettant notamment d’évaluer les dépenses fiscales et l’impact économique global des projets pourrait entraîner des pertes de recettes pour le Trésor public.
Cette préoccupation concerne particulièrement l’écosystème économique attendu autour des corridors de Lobito et de Banana, notamment avec l’installation annoncée d’entreprises dans les zones économiques spéciales.
Pour cette organisation, l’évaluation préalable des avantages économiques attendus, des emplois à créer et des recettes fiscales potentielles constitue une étape essentielle pour préserver les intérêts financiers de l’État.
Des inquiétudes sur le partage des revenus et les risques de blanchiment
Le rapport met également en évidence les risques liés à un partage déséquilibré des revenus et à d’éventuelles opérations de blanchiment de capitaux.
Le CREFDL estime que les mécanismes de répartition des recettes fiscales ne sont pas clairement définis ou ratifiés par le Parlement.
L’organisation relève également la rareté des débats parlementaires consacrés à ces projets, selon les élus nationaux interrogés.
Une telle situation pourrait, à terme, réduire la RDC à un rôle d’exportateur de matières premières brutes, tandis que les pays voisins et les multinationales étrangères tireraient davantage profit des activités logistiques et de transformation industrielle.
L’étude évoque également l’absence de textes harmonisés encadrant la répartition des tarifs de transit et des droits de douane entre la RDC, l’Angola et la Zambie.
Selon le CREFDL, cette lacune pourrait favoriser l’opacité dans la gestion des recettes et faciliter les fuites de capitaux au profit de réseaux restreints ou criminels.
Enfin, le CREFDL déplore le manque de coordination entre les projets d’infrastructures prévus dans les programmes provinciaux et les corridors développés à l’initiative du pouvoir central.
D’après les conclusions de l’étude, les programmes provinciaux consultés par l’équipe d’enquêteurs prévoient certes des projets d’infrastructures, mais ceux-ci ne présentent pas de liens suffisamment clairs avec les corridors de Lobito et de Banana.
Cette absence d’articulation risque de limiter les effets d’entraînement attendus de ces investissements sur les économies locales et de compromettre la cohérence des infrastructures à développer.
Au regard de l’ensemble de ces constats, le CREFDL appelle les autorités congolaises à accélérer la réalisation des études de préfaisabilité et de faisabilité, à renforcer la transparence dans la mise en œuvre des partenariats public-privé et à associer davantage les communautés locales à la conception et au suivi des projets.
L’organisation estime que ces mesures sont indispensables pour faire des corridors de Lobito et de Banana de véritables leviers de développement économique, de création d’emplois et d’amélioration des conditions de vie des populations congolaises.