Cybergrooming, sextorsion, deepfakes : en ligne, les risques d'abus sexuels contre les mineurs explosent

Le constat de la responsable de l'agence allemande indépendante dédiée aux violences sexuelles sur les mineurs est terrifiant. Selon Kerstin Claus, "jamais auparavant" , le risque pour les enfants et les adolescents d'être victimes d'abus sexuels "n'a été aussi élevé qu'aujourd'hui".
En effet, le nombre de victimes continue à progresser. La police criminelle a enregistré en 2025 plus de 17 000 cas d'abus sexuels sur mineurs, soit environ 1 600 de plus qu'il y a cinq ans.
Cette violence, désormais renforcée par l'intelligence artificielle, se déroule le plus souvent en ligne ou par l'intermédiaire d'Internet. "Les risques dans l'espace numérique explosent" , a expliqué Kerstin Claus lors de la présentation cette semaine d'un rapport sur ce phénomène.
Ainsi, un adolescent sur quatre âgé de 14 à 17 ans a déjà été victime de "cybergrooming", c'est-à-dire qu'il a été contacté en ligne par un adulte qui a tenté de le manipuler pour obtenir des faveurs à caractère sexuel.
Pour Kerstin Claus, les espaces de communication sur Internet sont devenus des "lieux clés de la violence à caractère sexuel" .
La chargée fédérale pointe notamment du doigt les dangers liés à l'intelligence artificielle (IA), qui permet de créer, à partir de photos d'une personne, des fausses images ou des vidéos à caractère sexuel.
Au-delà du grave préjudice subi par la victime, lorsque ces contenus pornographiques non consensuels sont publiés en ligne, ces contenus appelés "deepfakes" sont notamment utilisés par les agresseurs pour faire de la "sextorsion", c'est du chantage sexuel, en menaçant la victime de diffuser ces contenus.
Kerstin Claus appelle notamment à la création d'une nouvelle matière scolaire consacrée au "monde numérique", qui permettrait d'aborder les risques de violences sexuelles liés à Internet. Le rapport insiste aussi sur une recherche active et la suppression plus rapide et efficace des contenus qui montrent des abus sexuels sur mineurs.
Kerstin Claus plaide aussi pour la mise en œuvre des recommandations de la commission d’experts sur la protection des enfants et des jeunes dans le monde numérique mise en place par le ministère allemand de la Famille. Parmi les dizaines de recommandations revient l'instauration d'un âge minimum pour l'accès aux réseaux sociaux.
Au niveau européen, la Commission européenne propose une approche progressive, en nivelant les restrictions sur trois tranches d'âge qui règlementeraient l'utilisation des différents réseaux sociaux .
Selon cette proposition de Bruxelles, les plateformes comme TikTok et Instagram seraient alors totalement interdites pour les moins de 13 ans.
Entre 13 et 15 ans, les adolescents auraient accès à des "mini-comptes" qui seraient validés et supervisés par leurs parents ou tuteurs.Ces comptes présenteraient des fonctionnalités limitées, des contenus adaptés et une durée d'utilisation limitée à une heure par jour.
Enfin, à partir de 15 ans, les adolescents ne pourraient créer leur propre compte sur les réseaux sociaux ou les plateformes de jeux vidéo que si celles-ci prouvent que leurs fonctionnalités ne sont pas addictives, ne favorisent pas le "doomscrolling", c'est à dire le défilement infini, ne pratiquent pas de mécanismes de récompense ou encore n'offrent pas la possibilité pour des inconnus de prendre contact avec un utilisateur.